Stork Meet 2017

2017 est une année de commémorations multiples pour l’Armée de l’Air. Centenaire de la créations de plusieurs escadrilles d’aviation, entrée en guerre des alliés américains à nos côtés pendant le Grande Guerre, le 11 septembre, centenaire de la disparition au combat du capitaine Georges Guynemer…
Afin de marquer cette perte, la 2ème Escadre de Chasse commandée par le lieutenant-colonel Diakité a décidé d’organiser un exercice de grande ampleur rassemblant des unités dont la cigogne est l’emblème ainsi que des unités alliées, partenaires habituelles des escadrons de combat de l’Armée de l’Air. Cette rencontre initiée par le colonel Le Saint, Commandant de la BA 116, s’est déroulée à Luxeuil du lundi 19 au jeudi 22 juin derniers avec un volet opérationnel très intéressant.

 

Un peu d’histoire

La défaite de la France face à la Prusse en 1870 a vu l’Alsace et le département de la Moselle intégrés de force à l’Empire allemand. La cigogne, oiseau associé à l’Alsace et dont les ailes inspirent la forme de la coiffe typique du costume folklorique alsacien, devint un symbole de résistance en Alsace. En France historique, ses représentations marquaient le fait que l’on n’oubliait pas les territoires arrachés par le Prussien et que l’heure de la revanche sonnerait un jour. Ainsi, dès la création des premières unités volantes des forces armées françaises, des représentations de cet oiseau réputé apporter la vie, fleurirent sur les fuselages des aéroplanes. Dès avril 1912, le colonel Hirschauer proposa d’implanter des terrains d’aviation sur les frontières du nord-est afin de pouvoir lancer des missions aériennes d’observation vers la Vallée du Rhin. Pour la place militaire de Belfort par exemple, ce fut la commune de Chaux au nord de la Cité du Lion qui accueillit un ‘champ d’aviation’ dès août 1912 avec, en guise de terrain auxiliaire, celui de Fonatine-lès-Luxeuil. En été, après les moissons, les cigognes sont nombreuses à venir chercher de la nourriture dans les champs ; il est permis de penser que de l’implantation des premiers terrains d’aviation militaires sur les Marches de l’Est, de 1912 aux jours qui suivirent la déclaration de la Première Guerre Mondiale en août 1914, la présence de ces oiseaux à la vue des militaires français contribua à les inspirer pour décorer leurs appareils.

Un peu d’héraldique

Les cigognes occupent les flancs d’avions militaires français depuis bien avant la création de l’Armée de l’Air. Voyons rapidement ce qu’il en est unité par unité aujourd’hui. Le Groupe de Chasse 1/2 Cigognes, basé à Luxeuil-les-Bains, compte trois escadrilles.
La SPA 3, l’une des cinq escadrilles les plus anciennes de l’Armée de l’Air, tire ses origines dans la N 3 elle-même issue de la BL 3 créée en juillet 1912 à Pau. Sa cigogne, dite ‘de Guynemer’ et ‘passant au naturel’ est représentée ailes baissées sur une flèche bleue.
La SPA 103 compte parmi les unités créées pendant le 1er conflit mondial. À l’origine, c’était la VB 3 créée en novembre 1914 ; au fil des opérations elle changea d’appellation pour devenir VB 103 en mars 1915, N 103 en juin 1916 et enfin SPA 103 en 1918. Sa cigogne est dite ‘Cigogne de Fonck’, elle est reconnaissable à ses ailes hautes et figure également sur les dérives des Mirage 2000 du 1/2 sur fond de flèche bleue.
Dernière escadrille du 1/2, la SPA 26, héritière de la MS 26 créée au début de la Grande Guerre en août 1914, deviendra N 26 en septembre 1915 et enfin SPA 26 en 1917. Sa cigogne est dite ‘Cigogne de Saint Galmier’ ou encore, depuis les années 1960, ‘cigogne supersonique’ du fait de sa représentation en pointe, aile plaquées contre le corps de l’oiseau.

À l’Escadron de Chasse 2/3 Champagne, basé à Nancy-Ochey, l’escadrille SPA 67 trouve ses origines dans la N 67 créée le 19 septembre 1916 qui devint SPA 67 en octobre 1917. Sa cigogne, représentée sur un fanion noir à gauche, rouge-orangé à droite, est dite ‘Cigogne de Navarre’ et est représentée ailes baissées.

L’Escadron de Chasse 2/4 Lafayette désormais basé à Saint-Dizier compte au rang de ses escadrilles la SPA 167 qui fut créée en octobre 1918. Surnommée affectueusement ‘Canard’ par les personnels du 2/4, sa cigogne, dite ‘Cigogne de Romanet’ est représentée ailes hautes et traditionnellement reproduite directement sur le camouflage des appareils de l’unité.

Enfin, l’Escadron de Transformation Opérationnelle 2/8 Nice comprend la SPA 73, originellement N 73 créée le 22 juillet 1916. Elle devint SPA 73 en 1918. Sa cigogne est dite ‘Cigogne japonaise’, du fait de son graphisme épuré qui n’est pas sans rappeler les illustrations de mangas.

Un peu de Chasse, B…

Comme évoqué plus haut, l’Armée de l’Air avait décidé de commémorer de manière originale et multiple le centenaire de l’année 1917 : entrée en guerre des États-Unis aux côtés des alliés de la Triple Entente et puis, disparition au combat du capitaine Guynemer. À Luxeuil, l’idée a été de mettre sur pied un entraînement opérationnel interallié sous la houlette du lieutenant-colonel Diakité, patron de la 2ème Escadre de Chasse. L’idée était d’associer aux escadrons de l’Armée de l’Air ayant une cigogne pour emblème des unités amies et alliées.
L’exercice Stork Meet s’est déroulé du 19 au 22 juin dernier. Il prévoyait l’exécution d’une mission par jour avec un rassemblement des participants à Luxeuil le mercredi 21 pour un débriefing et un moment de convivialité. Les objectifs de cette première étaient multiples : parfaire l’interopérabilité entre aviateurs partenaires, partager des cultures un brin différentes et renforcer les liens existant.
Aux quatre unités françaises volant aux couleurs des cigognes se sont donc ajoutés les représentants de quatre unités de pays amis et alliés, partenaires réguliers et institutionnels du 1/2 Cigognes. Le 12th Squadron de Marham, the Foxes – les Renards – avait détaché à Luxeuil le 21 juin dernier le Tornado GR4 de son effectif mis à contribution. De même, les deux F-16MLU du 1er Escadron Chardon Écossais de la composante air des Forces Armées Belges firent un passage remarqué sur la B.A. 116. Par contre, les quatre F-16CJ du 480th Squadron Warhawks – faucons de guerre – de l’USAFE et les deux Eurofighter du Taktisches Luftwaffengeschwader 31 Boelcke de la Bundesluftwaffe regagnèrent leurs bases respectives de Spangdahlem et Nörvenich à l’issue de chaque vol.
Les missions exécutées étaient du type entry force – entrée en premier – sur un territoire ennemi hostile, d’abord pour obtenir la supériorité de l’espace aérien en supprimant les menaces (air-air et air-sol), puis en traitant des objectifs au sol. Chaque mission comprenait du ravitaillement en vol.

Pour la mission du mercredi, les rôles attribués étaient les suivants : Quatre Mirage 2000-5F de Luxeuil intervenaient en Escort c’est-à-dire la protection de l’Air Interdiction Package. Les deux F-16 belges et les deux EF-2000 allemands jouaient la partition de la Point Defense, une opposition musclée pour le dispositif offensif. Quatre F-16CJ américains partis de Spangdahlem assuraient la double mission de Suppression of Enemy Air Defenses et d’escorte du package SCAR constitué par les Mirage 2000D. Les deux Mirage 2000D partis d’Ochey intervenaient dans le rôle du SCAR : Strike Coordination Attack and Reconnaissance, une alerte appui-feu mise en œuvre de manière intense par l’Armée de l’Air en 2011 au-dessus de la Libye ; s’y joignaient les deux Mirage 2000N en mode XINT, X pour alerte, INT pour interdiction ou intervention d’opportunité.  Le Tornado britannique, enfin, était chargé de la mission Air Interdiction.

Cette première édition du Stork Meet fut une réussite indiscutable. Le travail effectué avec des alliés proches, partenaires réguliers dans le cadre de missions internationales, a permis de s’entraîner à un niveau opérationnel très élevé grâce au travail très soutenu de la White Cell – cellule blanche – responsable de l’organisation tactique. Les unités françaises ont pu, avec celles des quatre nations amies, réaliser des missions impossibles à mener dans le cadre de l’entraînement national et quotidien.
À l’inverse du Tiger Meet, le Stork Meet n’a pas inclus de volet ludique ; les différents acteurs de l’exercice présents à Luxeuil se sont retrouvés le mercredi soir pour un cocktail et un dîner convivial au Mess Officiers de la base.

Quelques semaines après la fin du premier Stork Meet, il est trop tôt pour dire si une prochaine édition aura lieu, encore moins où et quand. Ce qui est sûr, c’est que le Stork Meet 2017 a été une réussite tant sur le plan opérationnel qu’humain.

Remerciements : merci au colonel Le Saint, Commandant de la B.A.116, au lieutenant-colonel Diakité, Commandant de la 2ème Escadre de Chasse, à la Cellule Communication de la B.A. 116 pour avoir permis la réalisation de cet article. Merci à Frank Boucot et Jacky Gillot pour les bons moments passés ensemble sous le soleil tropical de Luxeuil, à notre président Jean-Pierre Bézard pour avoir obtenu les autorisations nécessaires.

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