Chesapeake 2018

Avec l’indisponibilité du porte-avions Charles de Gaulle pour cause d’entretien, les flotilles embarquées de la Marine Nationale doivent trouver des solutions pour maintenir les compétences à l’appontage de leurs pilotes. Pour les unités équipées de Rafale, cela passe entre autre par la simulation, notamment sur les pistes factices de Landivisiau et de Hyères. Toutefois, la Flotille 17F, dernière à voler sur Super Étendard Modernisé et transformée depuis peu sur Rafale Marine, s’est rendue en avril dernier à Chesapeake, sur la côte est des États-Unis, où elle s’est entraînée avec l’US Navy. Le point d’orgue de ce déploiement a été l’intégration à bord du porte-avions USS George Bush et le travail en intégration totale avec le groupe aérien embarqué de ce géant des mers.

À son retour des États-Unis, le CF Vincent, pacha de la 17F, évoque une expérience très enrichissante et qui aura permis à la flotille d’atteindre un niveau d’intégration inégalé au sein d’une Air Wing de l’US Navy, tant à terre qu’à partir d’un de ses porte-avions. Le dispositif français est allé très loin dans la coopération avec l’US Navy et a participé à quelques missions tactiquement avancées. Impossible d’en dire plus à ce stade, mais l’on imagine bien que les foyers de tension, dans le bassin méditerranéen notamment, sont autant d’occasions potentielles pour l’US Navy et la Marine Nationale de coopérer très étroitement.
La 17F a déployé 23 pilotes de Rafale dont deux officiers d’appontage, 5 pilotes en transformation initiale, 12 Hiboux et beaucoup de jeunes équipiers. L’ensemble des personnels est resté à Oceana du 3 avril au 27 mai derniers. Certains spécialistes, toutefois, ne sont restés aux États-Unis que le temps nécessaire afin d’optimiser les conditions du déploiement.

Malgré la réputation qu’ont les personnels militaires américains, contrôleurs aériens entre autres, de ne faire aucun effort de diction en phonie, tous les pilotes français ont aisément surmonté la barrière de la langue puisqu’ayant été formés aux Etats-Unis. Après quelques jours de remise à niveau, cela n’a pas été le plus compliqué. 
C’était moins le cas pour les techniciens mais un travail de préparation dédié leur a permis de s’en sortir, surtout à bord, quand le rythme était très dense. Il convient d’ailleurs de souligner que les techniciens de l’Aéronavale déployés aux États-Unis ont été exemplaires dans leur comportement et leur capacité à faire face à tous les problèmes rencontrés. Avec une ressource logistique limitée, leur rusticité et leur énergie ont permis au détachement français de ne jamais rester sans solution.Le CF Vincent ajoute : ‘En outre, la Glorieuse compte dans ses rangs Bryan, un pilote américain en échange. Le plus français des pilotes américains! Il a joué un rôle prépondérant dansl’intégration au sein des autres squadrons de l’Air Wing. Il était un pilote de la flottille à part entière et a montré un état d’esprit exemplaire. En outre, Bryan est un très bon pilote.
Il y avait aussi déjà sur place un des pilotes de la 17F qui a entamé son échange aux US en juillet 2016. Il a également été d’une aide précieuse. Pour l’anecdote, il venait de faire sa qualification à l’appontage sur F/A-18C Hornet jour+nuit sur l’USS Bush, quelques semaines à peine avant notre phase embarquée à bord du même bâtiment.
En matière de qualification aux appontages, relevons encore qu’un des pilotes de la flotille, ancien des Super Etendard Modernisés, a effectué sa transformation à l’appontage sur Rafale Marine lors de ce séjour aux États-Unis.’
Tous ces facteurs ont contribué à l’excellente opinion qu’ont eue les hôtes américains de la délégation française. Très tôt lors du séjour, la 17F a été considérée comme une unité du Wing qui n’était simplement pas embarquée, mais pleinement opérationnelle à terre.
‘La mise en œuvre et l’intégration de la Flotille lors du détachement se sont faites progressivement avec, en première semaine le convoyage aller et la mise en place. Puis il y a eu trois semaines de vols organiques à la complexité croissante (vols de familiarisation, DACT au début puis des missions d’air-air ou de swing-role plus complexes par la suite), suivies de missions d’entraînement au tir (LGTR et canon) et d’ASSP (appontages simulés sur piste). L’entraînement s’est poursuivi avec deux semaines à bord et la dernière semaine fut consacrée au convoyage retour et au désengagement.’

En matière d’aviation embarquée, l’on se demande parfois de notre côté de l’Atlantique s’il n’est pas plus aisé de travailler à partir d’un porte-avions américain que depuis notre Charles de Gaulle. Explications du CF Vincent :
‘En fait, un pont plus grand n’est pas plus facile, contrairement à ce que l’on peut croire pour les raisons suivantes:
– le point visé dans l’aire d’appontage reste un point et les marges autorisées par les officiers d’appontage restent faibles en alignement et en pente comme sur le CDG. La technique est la même et la sécurité de tous passe par cette exigence de précision;
– le pont est plus encombré que sur le PA français et il serait périlleux de s’autoriser des écarts plus importants;
– il est en fait plus compliqué d’expérience pour un pilote français qui apponte pour la première fois sur un porte-avions US avec de l’expérience sur le CDG car il ne doit pas se laisser descendre quand il passe l’arrondi (arrière du pont). Nous devons piloter le signal jusqu’au bout. Enfin, pour faciliter le travail à bord de l’USS George Bush qui nous a accueillis, nos officiers d’appontage étaient en charge de la préparation et des premiers jours à bord. Ils ont ensuite laissé progressivement la main aux OAs américains. Nos contrôleurs étaient aussi à bord pour faciliter notre intégration.’

 

Rappelons pour mémoire que l’hôte de la 17F, le Carrier Air Wing 8 est composé des unités suivantes:

  • VFA213 Blacklions F/A18F
  • VFA87 War Party F/A18E
  • VFA31 Tomcatters F/A18E
  • VFA37 Raging Bulls F/A18C (en transformation sur F/A18E et non embarqué pour l’exercice)
  • VAW124 Bear Aces E2C

De retour en France, la 17F poursuit son entraînement sur Rafale, mais nul doute que ce séjour aux États-Unis a constitué un véritable coup d’accélérateur à la future intégration de la Glorieuse eu sein du Groupe Aérien Embarqué.

 

Sincères remerciements au Capitaine de Frégate V. pour son aide précieuse à la préparation de cet article.

Texte Christophe Gasztych – Photos © La Glorieuse

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