Les 75 ans du 2/5 Ile de France

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Certains diront que 75 ans c’est peu comparé à d’autres escadrons. L’EC 2/5 « île de France » n’en est pour autant pas moins réputé. Implanté en Provence depuis le printemps 1951, l’escadron et ses anciens compères, ont fait d’Orange un véritable temple de la chasse.

Né en Écosse le 7 novembre 1941 à Turnhouse en Ecosse, par décret, signé du Général de Gaule, sous le nom de n°340 (Free French) Squadron, il est alors composé de membres des Forces Aériennes Françaises Libres et des Forces Navales Françaises Libres. Sur différentes versions de Spitfire, il prendra part à la défense de l’Angleterre puis à la reconquête de l’Europe, effectuant plus de 7000 missions de guerre, détruisant ou endommageant 75 avions, larguant quelques 400 tonnes de bombes, au prix de la perte de 38 pilotes (30 tués et huit prisonniers), recevant la croix de guerre avec cinq citation, et la médaille militaire. L’unité ne sera élevée au rang de compagnon de la libération qu’en 1996. Après la guerre, en juillet 1947 il quitte la deuxième escadre de Chasse ou il était Escadron de Chasse IV/2, pour la 5e Escadre de Chasse équipée en P-63C Kingcobra. De Juillet 1949 à janvier 1951 le Groupe de Chasse 2/5 est engagé dans la province du Tonkin en Indochine, toujours sur Kingcobra. En mars 1951 le Groupe devient Escadron de Chasse et se transforme sur Vampire sur la nouvelle base d’Orange-Caritat. Suivront les Mystère IIC en 1957, Mystère IVA de 1957 à 1961, SMB-2 de 1961 à  1966, et Mirage IIIC de 1966 à 1975.

Le Spitfire dans ses versions Mk.I, MkII Mk.V Mk.IX et Mk.XVI est la monture du Squadron 340 « Ile de France » jusqu’en avril 46. Il est regroupé en avril dans la RAF au sein du 145th wing avec trois autres « squadrons » francais en vu de la couverture aérienne des opérations de libération de l’Europe. Ce wing devient la 2e Escadre de Chasse et l' »Ile de France », dernier arrivé le squadron devient Groupe de Chasse IV/2. Il est dissous le 10 avril 1946 au sein de la 2e Escadre de Chasse.

L' »Ile-de-France » étant un groupe trop mythique pour disparaître, à Bizerte, Tunisie, le deuxième escadron de la 5e escadre de Chasse, le GC II/9 « Limousin », est dissous, et le GC IV/2 recréé le 30 avril 1946 sur P-63C Kingcobra. Mêmes avions, mêmes bonhommes, on change juste les tampons, les lettres à entêtes et les insignes. Le GC IV/2 devient GC 2/5 en 1947. De 1949 à janvier 1951 la 5e Escadre part en Indochine combattre le VietMinh, toujours sur « King« 

En avril 51 la 5e Escadre de Chasse de retour d’Indochine investit la base toute neuve d’Orange Caritat. Après sa transfo réacteur elle vole sur Vampire, puis sur Mistral à partir de 1954, assurant la défense aérienne du flanc méditerranéen de la métropole.

 

EC 2-5 Mystère II Photo Bernard Regnier

Le conflit en AFN étant très gourmand en Mistral, la 5 passe sur Dassault Mystère IIC une histoire d’amour avec le constructeur français qui dure depuis près de 60 ans…mais qui commence avec un appareil certes capable de voler à Mach 1, mais compliqué à entretenir et à l’autonomie ridicule. L' »Ile de France » utilise en 1957 la bête; mais se transforme en novembre 1957 sur le Mystère IV, bien plus sain.

EC 2-5 Mystere IVA DR arch C Defever

Le Mystère IVA sera une bonne bête qui ne posera pas beaucoup de soucis à l’escadre, mais qui est vite dépassée par la technologie.

EC 2-5 SMB-2 patrouille DR arch C Defever

Le SMB-2 pousse nettement plus que le Mystère IV, monte pratiquement deux fois plus vite et est armé de missiles Sidewinder. L’avion est un peu plus sérieux pour assurer la garde, d’autant que l’autre coté de la méditerranée, la France perd ses bases en AFN. On racle les fonds de tiroirs et taille au plus juste les escadrons de chasse de SMB-2 pour doter l’escadre avec l’intercepteur en 1961. Le 2/5 aura des SMB-2 à flèches rouges soulignées de jaune et des saumons de voilure rouges. Les Mirage IIIE fraîchement arrivés à la 13e Escadre de Chasse, celle ci reverse ses Mirage IIIC à la 5 en 1966.


Avant de se doter de ses actuels « Bleus », l’EC 2/5 effectua sur Mirage F1C puis C-200 de septembre 1975 à l’été 1989 pas moins de 55000 heures de vols en effectuant des missions de défense aérienne, notamment en Afrique, en participant aux opérations Manta (1983) et Épervier (1986 à 89) au Tchad. Preuve de l’adaptabilité et de la compétence de l’escadron, celui-ci remportera la prestigieuse coupe Comète un an après l’arrivée de son nouvel intercepteur. Ses Mirage 2000C ne sont pas en reste du point de vue OPEX puisqu’ils furent déployés en Arabie Saoudite (Dhahran) à l’issue de la première guerre du Golfe dans le cadre de la mission Alysse, pour sécuriser l’espace aérien. La Bosnie sera leur second déploiement quelques années plus tard où leur mission était d’assurer la sécurité des raids air/sol alliés. Aujourd’hui encore, depuis le retrait de nos Mirage F1 du Tchad, ils assurent des missions en zone sub-saharienne où plusieurs fois ils auront été amenés à effectuer de l’appui sol au canon ou des missions de bombardement conventionnelles qui est loin d’être la formation première de ses pilotes.

En 1975 la "5" monte en gamme avec le tout nouvel intercepteur de Dassault, le Mirage F1C. Elle sera la première à mettre en oeuvre la version F1C-200 ravitaillable en vol. En janvier 1980 un premier déploiement avec trois ravitaillements est réalisé à Djibouti. Ce Mirage F1C-200 du 2/5 pris en photo lors de cette opération est en lisse, configuration retenue par le chef de dispositif pour franchir les 5000 km entre Solenzara et le bord de la mer Rouge.

En 1975 la « 5 » monte en gamme avec le tout nouvel intercepteur de Dassault, le Mirage F1C. Elle sera la première à mettre en oeuvre la version F1C-200 ravitaillable en vol. En janvier 1980 un premier déploiement avec trois ravitaillements est réalisé à Djibouti. Ce Mirage F1C-200 du 2/5 pris en photo lors de cette opération est en lisse, configuration retenue par le chef de dispositif pour franchir les 5000 km entre Solenzara et le bord de la mer Rouge.

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En 1983 puis de 1986 à 1989, le 2/5 devient un familier de l’Afrique, prenant régulièrement son tour d’opérations au Tchad (opérations Manta puis Epervier) en alternance avec les autres escadrons de F1. Au début des années 80 petites cocardes et insigne de taille réduite ont remplacé la superbe décoration imaginée par Marc Rostaing, à l’époque contrôleur sur la base d’Orange.Grand photographe, maquettiste et historien, il nous a quitté le mois dernier.



Depuis son retour sur la BA 115, les avions Dassault se sont succédés, du Mystère II à l’actuel Mirage 2000C RDI. Pour les « jeunes », le 2/5 est représenté par ce Delta qui a formé grand nombre, pour ne pas dire la majorité d’une génération de pilotes. Pour autant, ce n’est pas la première mission qui lui fut confiée à l’arrivée du 2000 en 1989. Dans la continuité de ses précédents avions, c’est la défense aérienne pour le sud de la France ainsi que la défense des raids FAS et l’assaut conventionnel en mission secondaire qui sont au cœur du métier. La prise en main des PIM (pilotes en instruction militaire) lui sera confiée sept ans plus tard, à la réception de Mirage 2000B hérités de l’EC 2/2 Côte d’Or.

Avouons que si aujourd’hui le 2/5 est encore craint par ceux qu’il rencontre là haut, c’est principalement dû à la qualité et l’expérience de ses pilotes. Bien qu’optimisé pour le combat air/air, les capacités du RDI, (Magic 2 pour quelques années encore, le Super 530D étant abandonné en 2012), n’offrent pas le même « confort » que le RDY, multi-modes et multi-cibles équipant nos 2000-5F. Le Mica EM et l’allongement de la portée donnent accès à des techniques de combat que n’utilise pas l’Île de France. L’escadron a, petit à petit, très bien su s’adapter à cette iniquité naissante en développant des techniques qui paraissent aujourd’hui moins conventionnelles mais toujours aussi efficaces.

EC 2-5 Mirage 2000 Daguet Photo Eric Moreau

En 1989 le 2/5 passe sur Mirage 2000 RDI. A peine la transfo effectuée la 5e escadre est mise sur le pied de guerre pour partir dans le Golfe participer aux opérations contre l’Irak de Saddam Hussein. L’escadre assure d’octobre 90 à mars 91 les missions de défense aérienne et d’interdiction à partir de la base d’Al Ahsa en Arabie Saoudite dans le cadre de l’opération Daguet.

En 1992, les appareils retournent dans le Golfe, mais à Dharan pour assurer la protection des populations du sud de l'Irak contre l'aviation Irakienne. Depuis, la Yougoslavie et le Tchad ont été au menu de l'escadron. L'EC 2/2 Cote D'Or passé en 1997 sur Mirage 2000-5F, la mission de conversion opérationnelle sur Mirage 2000 a été attribuée à l'EC 2/5 Ile de France qui assure aussi, depuis la dissolution de l'EC 1/5

En 1992, les appareils retournent dans le Golfe, mais à Dharan pour assurer la protection des populations du sud de l’Irak contre l’aviation Irakienne. Depuis, la Yougoslavie et le Tchad ont été au menu de l’escadron. L’EC 2/2 Cote D’Or passé en 1997 sur Mirage 2000-5F, la mission de conversion opérationnelle sur Mirage 2000 a été attribuée à l’EC 2/5 Ile de France qui assure aussi, depuis la dissolution de l’EC 1/5

Toutefois l’heure du regroupement entre les B et le -5F, souvent évoqué, n’est pas encore au goût du jour puisque l’on célébrait en ce jeudi 6 octobre les 75 ans du grand 2/5 Île de France en présence de nombreux anciens membres, navigants ou non. Comme en 2011, beaucoup de visiteurs sont venus rendre hommage à l’escadron. Outre les aéronefs Français civils et militaires (RSD, PAF et EVAA et de nombreux avions des différentes escadres), plusieurs étrangers ont répondu à l’appel. Notamment un F-16MLU de la Royal Danish Air Force, en souvenir de l’important exercice Winter Hide au cours duquel 10 avions (soit un quart de la flotte Danoise) ont participé en janvier à des missions mettant jusqu’à plus de 15 avions en action simultanément. Notons également la présence de nos voisins Belges, venus en force avec quatre F-16 et un Alphajet de Cazaux, Les Espagnols, Italiens et Anglais ont pour leur part envoyé deux avions chacun.

Nous remercions le personnel de l’escadron de chasse 2/5 « Ile de France » pour son accueil chaleureux.

4 réponses à Les 75 ans du 2/5 Ile de France

  • Super reportage et félicitations au sqn pour ce mythique anniversaire …
    Je sais que plusieurs pilotes belges étaient présents (notamment de FA129 décoré du 350 (F)sqn).
    Mais avez-vous d’autres photos des avions (pilotes) belges … ?
    Si oui, où peut-on les trouver ?
    Bien cordialement,
    Alain Debras

    • Bonjour et merci.
      Les autres avions Belges étaient les FA-84, FA-97 et FA-135. Vous les retrouverez en photos bientôt sur la base de données de l’association, mais vous comprendrez qu’il n’y aura pas de photo des pilotes.

      Cordialement.
      Kévin.

  • Merci pour cette très belle page d’histoire et ces très beaux avions présents et notre photographe !

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